La céramique
On appelle céramique la confection d’objets en terre cuite. Cette pratique remonte au néolithique, époque de sédentarisation des peuples. Les qualités de la céramique (imperméabilité, texture, couleur, finesse…) varient selon la terre employée et la cuisson.
La pièce est d’abord façonnée à la main ou au tour de potier, puis séchée. Une première cuisson dite de « biscuit » peut être effectuée. La couleur est alors posée sur la pièce sous forme d’engobe, une terre très diluée, mêlée ou non d’oxydes métalliques.
La pièce est ensuite cuite au four (à bois, à gaz ou électrique) à des températures qui dépendent de la terre utilisée – en général entre 1000 °C et 1600 °C. Plus la température de cuisson est forte, plus la pièce est imperméable et résistante.
L’émail donne un aspect brillant à la pièce de céramique et en rehausse les couleurs. La pose de l’émail (à base de quartz) induit une nouvelle cuisson.
Les terres employées (argile, kaolin, grès etc.), les températures de cuisson, la vitesse et les moyens de refroidissement, les oxydes utilisés donnent lieu à une très grande variété de céramique : raku, porcelaine, grès, faïence etc.
La dextérité du céramiste est perceptible dans son aptitude à appréhender les formes et les volumes, à anticiper sur les couleurs dont la véritable teinte n’apparaît qu’après la cuisson et à contrôler cette dernière phase, très délicate.
Les différentes sortes
de céramique
On classe la céramique en quatre grandes familles :
Le grès est une argile comportant une forte teneur en silice (principal composant du sable et du verre). Entre 1200° et 1300°, la terre se vitrifie. Le grès reste opaque mais la chaleur intense lui donne une texture très serrée, brillante, qui le rend imperméable. Il est le plus souvent de couleur grise ou marron. Dans l’exposition, la plupart des pièces sont des grès (ci-contre, créations de Isabelle Duclos-Verlaine).
La poterie est sans doute l'artisanat le plus ancien. Elle est constituée d’une simple argile façonnée et cuite à environ 600-900°. A cause de cette cuisson à basse température, la matière reste poreuse. Pour la rendre étanche, on la recouvre souvent d’une glaçure, on parle alors de poterie vernissée.
La faïence est une terre commune comme la poterie, mais elle est plongée dans un bain d’émail à base d’étain, appelé émail stannifère. Ce revêtement présente deux intérêts : une meilleure imperméabilité et une couleur blanche propre à être décorée. C’est l’étain, en cuisant, qui donne à l’émail cette couleur blanche. L’émail stannifère opaque fut découvert en Mésopotamie vers le IXème siècle après J-C. La faïence fut produite en Espagne dès le XIème siècle, elle s’est ensuite largement répandue en Europe à la Renaissance, surtout en Italie. Le mot faïence vient d’ailleurs de la ville de Faenza, grand centre de production.
La porcelaine
est une pâte composée d’un mélange de kaolin (50%), une variété d’argile, de feldspath (25%) et de quartz (25%), qui peut être liquide ou modelable. Le kaolin est l’élément clé de la porcelaine : c’est lui qui assure cette matière blanche, solide et translucide. Lors de la cuisson (jusqu’à 1400°), la porcelaine vitrifie, c’est ce processus qui procure la translucidité. La porcelaine, élaborée en Chine (sans doute à l’époque Tang, 618-907), a été produite en Europe à partir du XVIIIème siècle. Notamment à Limoges, où l’on découvrit des gisements de kaolin (ci-contre, créations de Boris Cappe)
Le raku
Le raku est un mode de cuisson qui permet d’obtenir des pièces à l’aspect craquelé et fissuré. Ce procédé est imprévisible, ce qui rend chaque pièce unique.
Réalisation
La particularité du raku est son mode de cuisson qui multiplie les chocs thermiques: les pièces sont enfournées à chaud et cuites rapidement à basse température. On les retire à chaud du four, alors qu’en général les pièces sont toujours enlevées lorsque le four est complètement froid.
Les céramiques incandescentes sont plongées dans des matières végétales : paille, de la sciure de bois ou même du papier. Ce procédé provoque un choc thermique et permet d’enfumer les céramiques. L’émail craquelle et grâce à la réduction de l’oxygène, le noir de fumée se fixe de manière indélébile dans ces fissures et sur la terre laissée brute. Les émaux chargés d'oxydes (cuivre, argent, cobalt, etc.) produisent leurs lustres métallisés.
Origine du raku
Le raku est apparu au XVIème siècle au Japon, dans la région de Kyoto.
Sa création est intimement liée aux besoins de la cérémonie du thé : il s’agissait de réaliser des objets propres à la méditation, d’où leur aspect brut.
Selon le musée du raku situé à Kyoto, le potier à l’origine de cette technique se nommait Chôjirô, un Coréen installé au Japon. En s’associant avec le maître du thé Sen Rikyû, Chôjirô aurait imaginé un bol à thé aux formes épurées. Il s’agissait alors d’une réalisation avant-gardiste, le premier nom donné à ces réalisations serait d’ailleurs ‘ima-yaki’, littéralement ‘nouveau produit’.
Le mot raku désigne un état de félicité, de confort et de calme, le potier Chôjirô aurait reçu un sceau gravé de cet idéogramme et par la suite, Raku devint le nom de famille de ses descendants, qui continuèrent à produire ce type de céramique.
Le terme même de raku viendrait de Jurakudai, nom d’un palais fastueux construit par Toyotomi Hideyoshi, le seigneur de la région.
En Occident, le raku a été introduit par Bernard Leach, un céramiste anglais qui l’avait découvert au Japon dans les années 1910. Cette technique s’est largement répandue dans les années 1960, elle est aujourd’hui utilisée pour toutes sortes d’objets, en lien ou non avec la symbolique bouddhiste.
La cuisson Anagama
Anagama est un terme japonais désignant un four à l’origine adossé à une colline. C’est un four à bois de grandes dimensions qui ne possède qu’une seule chambre : les poteries ne sont pas séparées du foyer. Il est équipé d’une haute cheminée qui assure un bon tirage.
Le bois est consumé très rapidement et il faut constamment alimenter le four jusqu’à atteindre la température désirée. Un système de ‘montres’ permet de surveiller la température du four : il s’agit de petits cônes pyrométriques qui, placés à l’intérieur du four, se penchent et s’affaissent, chacun à une température donnée. On surveille ce processus grâce à des regards ménagés dans la paroi du four.
La cuisson en elle-même dure environ 4 jours, le temps d’atteindre la température voulue (environ 1300°), il faut ensuite attendre une semaine environ que le four refroidisse complètement pour pouvoir retirer les pièces.
L’intérêt du four anagama est sa chambre unique : les céramiques sont directement au contact des flammes, ce qui provoque des effets inattendus, et les cendres volant dans le four créent des émaux de cendres, là-encore imprévus. Selon la terre utilisée ou la place des pièces dans le four, le résultat sera très variable, d’autant plus que la façon dont les pièces sont rangées affecte le passage des flammes. L’enfournement est donc une étape très délicate du processus de cuisson.
(photos: four anagama situé chez Tristan Chambaud-Héraud; "toofpot" de Virginie Preux)

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